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« Avec la réforme des retraites, se jouent notre avenir comme celui de nos relations sociales »

Posté par jacques LAUPIES le 10 janvier 2020

 

« Avec la réforme des retraites, se jouent notre avenir comme celui de nos relations sociales » dans POLITIQUE vjxkr

« Avec la réforme des retraites, se jouent notre avenir comme celui de nos relations sociales »

 

Sur l’avant-projet de loi sur la réforme des retraites

« L’objectif du gouvernement, c’est de diminuer le niveau des pensions dans les richesses que l’on produit : on n’ira pas au-delà de 14% du produit intérieur brut alloué à nos retraites alors même que l’on sait qu’il va y avoir des besoins en hausse avec un nombre supérieur de retraités à l’avenir. »

« Aujourd’hui, les retraités représentent 25% de la population et seront 27% d’ici 2050. »

« Plafonner les ressources allouées aux retraites alors que le nombre de bénéficiaires augmente conduit à une baisse automatique du niveau des pensions de tout le monde. »

« Le système de retraites par points permet d’ajuster automatiquement le niveau des pensions au niveau d’argent que l’on met dans le système. »

« Ce sera, en théorie, la dernière réforme des retraites : il n’y aura plus de débat démocratique sur l’argent que l’on met dans nos retraites, la façon dont on le répartit, l’âge auquel on part à la retraite… »

 

Sur le soi-disant déficit du régime des retraites

« Il y a un déficit à court terme que le gouvernement a essayé de mettre en scène. Cela été un échec au mois de novembre dernier en commandant au Conseil d’orientation des retraites (COR) un rapport qui devait expliquer que l’on avait une difficulté de financement dans les années à venir – c’est vrai selon le COR, mais c’est le fruit de conventions comptables et ça se discute d’un point de vue économique. »

« Le déficit [du régime des retraites selon le COR] tournerait autour de 30 milliards. »

« Vis-à-vis de ce déficit, le gouvernement dit qu’on ne peut pas démarrer la réforme, c’est-à-dire passer à la retraite par point, en étant en déficit. Il propose donc des mesures d’allongement de la durée du travail pour les gens qui vont partir à la retraite dans les prochaines années. »

« Cette réforme est d’autant plus grave que le gouvernement essaie de faire croire que certains ne seront pas concernés par la réforme. »

 

Sur les pistes pour répondre au soi-disant déficit du régime des retraites identifié par le Conseil d’orientation des retraites

« La première des pistes, c’est discuter du niveau des cotisations que l’on alloue, c’est-à-dire des recettes données au système de retraite, mais aussi d’avoir le débat avec la population. »

« La question qu’il faut se poser, c’est : est-ce que je préfère que mes proches ou mes parents travaillent un an ou deux de plus, ou bien est-ce que je préfère que tout le monde paie un peu plus de cotisations ? »

 

Sur ceux qui seront le plus touchés par la réforme des retraites

« Ce que l’on comprend, c’est que tout le monde sera perdant : le niveau général des retraites de tous va baisser mécaniquement. »

« Le gouvernement essaie de nous dire qu’il y aura des gagnants, les femmes notamment – mais ça, je crois qu’on a tous compris que ça ne pouvait être que faux. »

« Le problème des pseudos gagnants du gouvernement, c’est que l’on ne sait pas qui ils sont dans la mesure où le gouvernement ne fournit aucun chiffre, ni aucune simulation. »

 

Sur la notion de carrière complète

« Le gouvernement a réussi à faire passer l’idée selon laquelle le minimum de pension de 1.000 euros serait accessible à tout le monde alors même qu’on voit très bien, y compris dans leurs écrits, que ces 1.000 euros ne seraient accessibles qu’à ceux qui auront une carrière complète. »

 

Sur la révalorisation salariale au profit des chercheurs et des enseignants

« C’est incroyable qu’il faille arriver à un tel niveau de tensions avec un corps de la fonction publique pour enfin parler de hausses de salaires. »

« Ce que les enseignants disent, c’est : où sont les chiffres ? Montrez-nous les preuves de ce que vous avancez ! »

 

Sur les mobilisations actuelles

« La grève est un vecteur incroyable de mobilisations et de discussions qui permet à chacun de se positionner par rapport aux grévistes qui se battent pour tout le monde. »

« Sur la question des retraites, il y a un clair déni de démocratie de la part du gouvernement. »

« Il y a un problème avec la façon dont le débat est posé dans les médias : c’est un débat beaucoup trop technique ce qui empêche l’implication des gens. »

« Les gens se questionnent évidemment sur ce qui va leur arriver personnellement mais aussi sur le système que cela représente autour d’eux. »

« Pour beaucoup, se poser la question de son avenir ou celui de ses enfants, c’est aussi se poser la question des relations sociales que l’on va avoir entre nous. »

« Si moi, je n’ai pas de retraite stable à l’avenir, ça va changer complètement la relation que j’ai avec mes frères et sœurs, mes parents ou mes enfants parce qu’il faudra que j’essaie de trouver des moyens de subvenir à mes besoins quand je ne pourrai plus travailler. »

 

Sur la retraite par points

« La retraite par points, c’est un changement complet de logique du système de retraite : cela va nous faire passer d’un système à prestations définies, c’est-à-dire que je sais de la prestation dont je vais bénéficier quand je vais arriver à la retraite (un système qui a ses défauts et qu’il faut probablement changé mais qui permet aux gens d’être sécurisé sur leur avenir à la retraite), à un système par cotisations définies. On saura combien on cotise mais pas combien on touchera une fois à la retraite car cela variera en fonction de critères donnés par le gouvernement, à savoir l’espérance de vie d’une génération, l’argent que l’on met dans le système… »

 

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MANIFESTATIONS. UN NOUVEAU ROUND GAGNÉ AU POINT

Vendredi, 10 Janvier, 2020

Les défenseurs du régime de retraite ont frappé fort lors de la journée de mobilisation à l’appel de la CGT, FO, la FSU, la CFE-CGC. Gouvernement et syndicats « réformistes » continuent leur pas de deux sur l’âge pivot.

 

Les émotions s’entremêlent en cette mi-temps des journées de mobilisation nationale et interprofessionnelle de jeudi et samedi. Toujours vaillants, toujours solides, toujours là, les cortèges des opposants au projet de réforme des retraites étaient heureux de se retrouver en si grand nombre dans les rues de France ou au coin de piquets de grève la « non-trêve de Noël » passée, trente-six jours après le début de ce qui est devenu le plus long conflit social de ces cinquante dernières années. Les mobilisés du jour portaient aussi un furieux espoir d’élargissement de la lutte ce samedi, lors d’une cinquième journée interprofessionnelle et nationale, sûrs qu’il en faudrait d’autres encore pour faire dérailler le train fou de l’exécutif.

Pour l’heure, le convoi funèbre roule et le gouvernement n’a rien lâché. S’accrochant à des décomptes de manifestants en baisse, comme à chaque fois depuis la première journée du 5 décembre, il renvoie à la tenue de la réunion de ce vendredi, préparatoire à l’organisation éventuelle de la conférence sur les financements du régime proposée par les organisations syndicales absentes des rues. Un rendez-vous duquel les CGT, FO, FSU, CFE-CGC et les organisations de jeunesse qui appelaient à marcher ce jeudi n’attendent pas grand-chose. « Entre la communication du gouvernement, “on discute, tout est ouvert”, et la réalité, il y a de quoi s’interroger sur la volonté du gouvernement de discuter et de prendre en compte l’avis des organisations syndicales », soulignait Philippe Martinez en tête du cortège. « Soit on écoute, soit on gouverne contre son peuple, c’est ça l’enjeu », relève le leader de la CGT, pour qui « il y a bien deux projets de société qui s’affrontent : le projet individualiste du gouvernement et le projet solidaire des organisations syndicales ».

Non loin de lui, le président de la CFE-CGC déplorait : « Il y a lieu d’être amer de se retrouver là le 9 janvier après 36 jours de conflit, trois grands défilés dans la rue et d’être toujours au même point avec le gouvernement qui s’entête, qui nous balade, qui prétend faire des ouvertures mais n’en fait pas. » Toutes ces gesticulations n’ont qu’un but, selon François Hommeril : «  Diminuer le volume total des pensions dans le PIB. (Il faut que le gouvernement) nous dise la vérité mais qu’il n’habille pas son projet de soi-disant facettes sociales. Tout ça c’est du pipeau, c’est un projet de ­réduction des pensions ».

« L’adhésion, elle est là, elle est là, elle sera encore là demain »

Il y avait donc comme une certitude chez ces leaders syndicaux comme parmi les centaines de milliers de manifestants que ce conflit des retraites devrait finir comme ces matchs de boxe qu’affectionne tant le premier ministre : au dernier round et par K-O ou abandon de l’adversaire. « L’adhésion, elle est là, elle est large, elle sera encore là demain », affirme Yves Veyrier. Le secrétaire général de Force ouvrière note que le gouvernement « a dû reculer, c’est la mobilisation qui l’a fait reculer jusqu’à maintenant. Tous les jours sont des jours charnières, parce que cet enjeu, il est majeur ».

Tous les combattants pour le retrait de la réforme risquent cependant d’être repris par le faux rythme instauré par le pas de deux gouvernement-syndicats dits réformistes autour de la question de l’âge pivot. Jeudi, Laurent Berger avait adouci dans la Charente libre son ultimatum. Il sera bien à la réunion du jour à Matignon même si le gouvernement n’avait pas retiré hier soir ce marqueur politique de son projet de loi. « La CFDT ne déserte pas les discussions, car c’est le meilleur moyen de ne pas se faire entendre », a expliqué le leader cédétiste. Lui et ses homologues de l’Unsa et de la CFTC croient tenir la clé du conflit.

Parmi les mesures évoquées, rien sur l’âge pivot

Un « cocktail de mesures », évoqué aussi par Édouard Philippe, qui ne serait pas l’âge pivot mais en conserverait la couleur et la saveur. Il conjuguerait quelques milliards d’euros de recettes nouvelles (hausse des cotisations sur les revenus supérieurs à 10 000 par mois et quelques milliards récupérés sur la CRDS promise à extinction ou dans des fonds de réserve non captifs) avec quelques milliards d’économies réalisés grâce à un tempo plus soutenu de l’allongement de durée des cotisations tel que contenu dans la dernière réforme Touraine (passage à 43 annuités pour la génération 1973).

La CFDT maintient la pression. Elle a appelé ses adhérents à signer sa pétition « pour obliger le gouvernement à retirer l’âge pivot et améliorer son projet de réforme ! ». 77 000 signatures y ont été apposées en trois jours. Le syndicat leur propose aussi de participer à des rassemblements locaux contre la mesure. Mais pas à ceux organisés dans le même temps et dans le cadre de la cinquième journée de mobilisation interprofessionnelle.

Stéphane Guérard

 

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