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Retraités cheminots : soutenez ces jeunes qui défendent ce dont vous avez hérités de vos aînés et parfois même amélioré par vos luttes

Posté par jacques LAUPIES le 6 janvier 2020

 

Samedi, à Paris, les participants étaient gonflés à bloc. À l’image d’une institutrice	: «	Vous m’imaginez faire cours à 67 ans devant ma classe de CP	?	» Pierrick Villette

Samedi, à Paris, les participants étaient gonflés à bloc. À l’image d’une institutrice : « Vous m’imaginez faire cours à 67 ans devant ma classe de CP ? » Pierrick Villette
 

GRÈVE. « ON NE LÂCHERA PAS, LE GOUVERNEMENT DOIT NOUS ENTENDRE ! »

Lundi, 6 Janvier, 2020

De nombreux rassemblements ont eu lieu ce week-end partout en France pour exiger la suppression de la réforme du système de pension par points. À Paris et à Lyon, les manifestants témoignent de leur détermination à tenir et à relancer le mouvement.

 

Les vacances de Noël n’auront pas eu raison de la mobilisation : un mois après le début du mouvement contre la réforme des retraites, les grévistes entendent redonner un second souffle à la lutte dès aujourd’hui, la journée d’action de jeudi en ligne de mire. Une perspective qui semble d’autant plus crédible que le soutien populaire reste fort. Un sondage Odoxa publié par le Figaro et France Info, vendredi, montre que 61 % des personnes interrogées se disent toujours favorables au mouvement et 75 % des répondants estiment que le gouvernement doit retirer son projet (29 %) ou abandonner le principe de l’âge pivot à 64 ans (46 %). Cette dernière question demeure un point de fixation pour la CFDT, dont le numéro un Laurent Berger devait s’exprimer hier soir sur France 2.

Ce week-end, encore, les initiatives n’ont pas manqué un peu partout en France. « Nos luttes ont construit nos droits. Nos résignations les détruiront. » Inscrite au feutre noir au dos de son gilet jaune, cette citation-manifeste en dit long sur sa détermination. Pierre, graphiste de 57 ans, a donné rendez-vous à un copain aux abords de gare de Lyon pour défiler ce samedi dans les rues de Paris. Pierre commence à avoir une certaine habitude de l’exercice : il a participé à toutes les marches de gilets jaunes depuis le 24 novembre 2018 et à bon nombre de manifestations en faveur des retraites. « Je travaille en free-lance, donc je suis assez disponible ! lance-t-il dans un sourire. Et je serai de nouveau dans les rues le 9 janvier : si on lâche maintenant, c’est fini. On sait pourquoi Macron est là, il veut liquider tous nos acquis sociaux et niveler la société vers le bas. C’est contre son projet ultralibéral que je me bats. » Ce samedi, plusieurs milliers de personnes (environ 10 000, selon la CGT), dont de nombreuses chasubles fluo, ont marché dans les rues de la capitale. Une manière de « continuer à souffler sur les braises de la colère en cette veille de rentrée », selon l’un des organisateurs.

« On nous force à travailler plus dans des conditions dégradées » 

Les manifestants se disaient gonflés à bloc, à l’image de Katia, institutrice à Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne), en grève reconductible depuis le 5 décembre et fermement décidée à continuer : « J’ai repris le boulot une journée seulement pour souhaiter bonnes vacances à mes élèves ! Cette réforme des retraites est la goutte d’eau de trop. On nous force à travailler davantage dans des conditions qui se dégradent. Vous m’imaginez faire cours à 67 ans devant ma classe de CP ? » Katia avoue que la grève commence à peser sur ses finances et celles de ses collègues : « On a démarré une caisse de grève dans l’établissement, on sait que ça ne sera pas miraculeux mais ça permettra de venir en aide aux plus en difficulté. Je pense notamment aux collègues en début de carrière, payés 1 500 euros par mois, et aux parents divorcés. » Pour s’en sortir, les grévistes se ­débrouillent comme ils peuvent. Christian, technicien de réseau chez GRDF, raconte que des collègues et lui font grève durant la journée mais travaillent certaines nuits, pour compenser le manque à gagner : « Les heures de nuit sont payées double, mais le boulot est dangereux, explique-t-il. On intervient sur les incendies ou les fuites de gaz… Mais c’est une façon de limiter l’impact de la grève (sur la fiche de salaire – NDLR)  ! D’autant que nous ne roulons pas sur l’or, contrairement aux clichés : je gagne 1 470 euros par mois. » Tous les manifestants rencontrés par l’Humanité le confirment : l’actualité récente alimente leur colère et les incite à poursuivre la mobilisation. La polémique soulevée par la proximité entre le fonds d’investissement américain BlackRock et le pouvoir en place, par exemple, n’est pas retombée. « Quand ils décorent le patron français de BlackRock (Jean-François ­Cirelli a récemment reçu la Légion d’honneur –NDLR), c’est de la provocation pure et simple, s’agace Katia. Macron doit comprendre qu’à force de prendre les gens pour des cons il va se mettre tout le monde à dos. »

« La volonté de repartir en reconductible chez les profs »

À Lyon, plusieurs centaines de manifestants s’étaient rassemblés vendredi devant le palais de la Bourse, en plein centre-ville. « Trente jours, ça fait long, et forcément on pense à la paye de janvier, vu que la plupart des jours d e grève de décembre seront retenus à ce moment-là », explique Denis, cheminot syndiqué à la CGT. « Mais on met en place des caisses de grève locales. Et puis, d’ici à fin janvier, on aura gagné ! » assène-t-il tout sourires. Même « sérénité » du côté de Frédérique, enseignante en collège syndiquée à SUD.

« Il y a une volonté de repartir en reconductible chez les professeurs. Il faut que le gouvernement comprenne qu’on ne lâchera pas et qu’il doit nous entendre », affirme-t-elle. Toujours mobilisés malgré huit mois de conflit, les hospitaliers prévoient de se relancer dans des actions interprofessionnelles dès aujourd’hui. Et ce malgré l’assignation de nombreux grévistes « parfois de manière illégale », explique Marc Auray, délégué CGT à l’hôpital psychiatrique du Vinatier. « Ça va repartir », ne doute pas non plus Jean-Luc, intérimaire dans le BTP de 59 ans et gilet jaune de Lyon centre. « Tout le monde est touché, alors le 9, on sera encore dans la rue », annonce-t-il. La semaine sociale promet d’être chaude.

Cyprien Boganda (à Paris) et Loan Nguyen (à Lyon)
 

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