Du populisme avec les moeurs ?

Posté par jacques LAUPIES le 29 décembre 2019

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Et la beauté…

Par ces temps où l’on fait feu tout bois avec les problèmes sexuels et où les censeurs éclairés côtoient les censeurs névrosés surgit une « affaire » qui certes pose aux politiques la question du règlement par la loi de tout ce qui se passe dans les comportements sexuels. En particulier quand  le rapport de l’adulte à l’adolescent mais aussi, on l’a vu récemment les rapports d’adulte à adulte sont concernés.

L’agression ou la séduction ? La maturité ou son contraire ? Que de choses à dire  que seul l’écrivain peut aborder sans trop de risques sauf celui d’être critiqué tout comme le philosophe même l’artiste. Mais direz vous il y a pour nous éclairer le scientifique, la ou le  médecin, la ou le psychiatre voire le ou la psychanalyste. Encore faudrait-il qu’ils  soient d’accord entre eux. Et nous pourrions parier que ce ne sera pas le cas !  Surtout si ces braves gens osent surmonter la vague sexuelle de notre époque ou le puritanisme et la pornographie se font la pige et où prospèrent les profits qui en découlent.

C’est sans doute ce qui conduit certains journalistes  à courir après les affaires sordides et sensationnelles qui  meublent les journaux (télévisés ou écrits) en appelant aux témoignages bien encadrés des criminels autant que des victimes, ici ou là, pour garnir leurs infos et surtout, ce qui est moins ragoutant, faire diversion avec le public  de petit esprit.

Bref appelons cela faire du « populisme avec les mœurs » ! 

 

INTERESSANT MÊME SI ON NE SE MOUILLE PAS TROP : paru dans l’Huma !

L'écrivain Gabriel Matzneff.   Crédit : Jean-Paul GUILLOTEAU/EXPRESS-REA

L’écrivain Gabriel Matzneff. Crédit : Jean-Paul GUILLOTEAU/EXPRESS-REA
Jean-Paul GUILLOTEAU/EXPRESS-REA

GABRIEL MATZNEFF : IL PRÉFÉRAIT « LES MOINS DE 16 ANS »

Vendredi, 27 Décembre, 2019

Dans Le Consentement, qui sort le 2 janvier chez Grasset, Vanessa Springora, aujourd’hui directrice des éditions Julliard, raconte une relation d’emprise entre « VS » (elle) et « GM » (l’écrivain Gabriel Matzneff). Elle a 13 ans, l’écrivain 50. L’affaire crée une secousse dans le monde littéraire… et médiatique.

 

Il lui a fallu trente-quatre ans pour écrire ce livre. Dans Le Consentement (éditions Grasset), Vanessa Springora, 47 ans, aujourd’hui directrice des éditions Julliard, raconte l’emprise, la séduction d’un homme de 50 ans sur la jeune fille qu’elle était. En 1985, elle a 14 ans lorsqu’elle rencontre Gabriel Matzneff, un écrivain alors en vue« À quatorze ans, on n’est pas censée être attendue par un homme de cinquante ans à la sortie de son collège, on n’est pas supposée vivre à l’hôtel avec lui, ni se retrouver dans son lit, sa verge dans la bouche à l’heure du goûter(…) De cette anormalité, j’ai fait en quelque sorte ma nouvelle identité. À l’inverse, quand personne ne s’étonne de ma situation, j’ai tout de même l’intuition que le monde autour de moi ne tourne pas rond », selon les extraits rapportés par L’Obs.

Cette relation durera un an. « G. a fait profession de n’avoir de relations sexuelles qu’avec des filles vierges ou des garçons à peine pubères pour en retracer le récit dans ses livres », rapporte encore l’hebdomadaire.

La société change, pas Matzneff

En 1985, l’écrivain est déjà reconnu. Encensé par la critique littéraire comme un libertaire, transgressif, libre. Il publie beaucoup, donne des interviews. Dix ans plus tôt, il a écrit Les moins de 16 ans. Une œuvre de fiction ? Dans ce pamphlet, il parle de « l’extrême jeunesse, celle qui va de la dixième à la seizième année » comme du « véritable troisième sexe ». En septembre 1975, sur le plateau d’Apostrophes sur Antenne 2, il revendique cette « obsession pour les moins de 16 ans ». « C’est une de mes idées fixes, une de mes attaches ». « C’est un livre sur l’amour », continue-t-il. Plus tard, Bernard Pivot interroge les invités : « Est-ce que vous avez été choqué par le livre ? ». Une professeure de lycée parle « d’attentat à la dignité de l’enfant » et un universitaire demande à l’écrivain, à propos « des petits garçons qu’il drague » : « Vous les avez peut-être traumatisés pour la vie ? » Matzneff répond : « Je vous dirais qu’il y a beaucoup d’autres façons de pourrir un gosse que de coucher avec »

Le Code pénal punit déjà « l’amour » avec les moins de 15 ans. Mais au milieu des années 1970, les intellectuels français veulent dépénaliser les relations sexuelles avec les mineurs. En janvier 1977, une lettre ouverte demande ainsi la relaxe de trois hommes incarcérés, accusés d’avoir eu des relations sexuelles avec des jeunes filles et garçons de 13 ans et 14 ans.  

Quinze ans plus tard, en 1990, la société a commencé à changer. Mais Mazneff, pas tellement. Chez Apostrophes encore, Bernard Pivot, lui demande : « Pourquoi vous êtes-vous spécialisées dans les lycéennes et les minettes ? Au-dessus de 20 ans, on voit que ça ne vous intéresse plus ? »  Il répond, entre autres : « Je préfère avoir dans ma vie des gens qui ne sont pas encore durcis, qui sont plus gentils. Une fille très, très jeune est plutôt plus gentille ». Le ton est enjoué, on entend des rires. L’INA a ressorti ces images :

 

Seule une femme, Denise Bombarbier, ose s’y attaquer. Pour la chroniqueuse et romancière québécoise, « dans ce pays, la littérature sert d’alibi à ce genre de chose. (…) M. Matzneff nous raconte qu’il sodomise des filles de 14 ans ». Elle rapportera à France Inter s’être fait insulter et boycotter pendant des années après cette intervention.

Gabriel Matzneff a peu a peu disparu des plateaux. En 2013, il reçoit encore le prix Renaudot dans la catégorie Essais. Il a 83 ans. Il n’a pas répondu à l’AFP. Sur le site de L’Obs, il se dit « attristé par ce livre ». Personne jusque-là, aucune de ses victimes, n’avait pris la parole. Vanessa Springora a eu le courage de le faire.

L’affaire interroge surtout la société. Bernard Pivot estime sur Twitter : « Dans les années 1970 et 1980, la littérature passait avant la morale ; aujourd’hui, la morale passe avant la littérature. Moralement, c’est un progrès. Nous sommes plus ou moins les produits intellectuels et moraux d’un pays et, surtout, d’une époque ».

Le Consentement pose aussi cette question : un enfant peut-il être consentant ? A quel âge commence-t-il à l’être ? Le gouvernement a refusé l’année dernière d’instaurer « une présomption de non consentement », qui considérerait comme un viol toute pénétration sur un mineur de moins de 15 ans. 

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